Par Benoit Drunat
(a)lpha contribue, dans le mouvement qui a suivi le dépôt de l’amendement Accoyer, à réactualiser la question de l’analyse profane. Au fur et à mesure que les textes de lois se succédaient pour aboutir à l’article 52 de la loi du 9 août 2004, la question de la laïcité de la psychanalyse est apparue comme un point nodal du combat que devaient mener les psychanalystes pour faire comprendre cette dimension particulière, sine qua non, de leur pratique.
La décision du Conseil d’Etat de surseoir à l’étude du projet de décret d’application de l’article 52, le renouvellement de la majorité parlementaire, le changement de gouvernement sont autant de données politiques qui déplacent l’actualité.
La laïcité de la psychanalyse en tant que telle n’est plus – actuellement – à la pointe du débat. De sorte que l’on assiste à un renversement de perspective et à l’éclosion d’un paradoxe : on a cru que l’article 52 serait une atteinte au principe fondateur qu’(a)lpha défend et que son application risquerait de mettre à mal l’exercice de la psychanalyse par des analystes profanes.
Or – c’est là le paradoxe, en dépit de sa non-application, la loi n’est pas sans conséquence : l’incertitude actuelle liée au statut des psychothérapeutes a induit de nouveaux positionnements de ces derniers qui ramènent le débat à l’intérieur du champ psy.
Par ailleurs, les psychanalystes français accepteront-ils, comme leurs confrères l’ont fait dans de nombreux pays d’Europe, notamment en Grande-Bretagne et en Suède, de céder à un néo-kleinisme qui, comme le rappelait dernièrement Elisabeth Roudinesco (lors de la rencontre initiée par le collectif « Sauvons la clinique », le 30 juin), vise à traiter des troubles de l’attachement, du narcissisme et promeut la résilience à l’envi, pour se réduire à une éthologie ? Ou bien, forts de la spécificité française, tiendront-ils sur l’essentiel à savoir que la psychanalyse est une quête de savoir opérée par un sujet avec un psychanalyste ?
L’enjeu est donc désormais décentré et étendu : opérant à contre-courant du sens commun, étrangère à la logique économique qui fait de l’homme une machine dont on évalue le coût de l’entretien, la psychanalyse vise à ce que l’analysant se réveille comme l’énonçait Lacan et c’est là que réside sa dimension subversive. Entreprise de désaliénation et de désidentification, elle promeut un sujet unique, advenu à soi-même, au risque du non-conforme. Elle fixe comme perspective l’émergence d’un savoir ignoré du sujet, dans une temporalité spécifique.
Ainsi, la dimension légale est actuellement reléguée au second plan. Il n’en incombe pas moins aux psychanalystes de poursuivre leur réflexion en vue de l’enrichissement théorico-clinique de leur art.
Ces quelques remarques et interrogations dépassent la stricte question de l’analyse profane, mais entretiennent avec elle un lien connexe étroit qui va de pair avec la nécessaire implication des psychanalystes dans le champ social.
Rappelons ici que la possibilité est offerte à chacun d’entre vous de les étayer ou de les discuter dans des groupes de travail ou via des contributions personnelles. (a)lpha continue d’être ce lieu d’échanges ouvert à ses adhérents et son site Internet (www.alpha-psychanalyse.org) permet d’accueillir et diffuser les travaux produits.
(a)lpha offre à ceux qui le souhaitent et en manifestent le désir, un espace possible de réflexion. Et notre association fait le choix de rester vigilante, au cas où l’actualité reviendrait sur la question qui l’anime.