Dossier envoyé courant mai 2004 aux sénateurs français
Par Travail collectif le 08/05/2004
Prof. Dr Freud
Vienne, IX. Berggasse 19
27.III. 1926
Cher Docteur
[…]
Le combat pour l’analyse laïque devra à quelque moment être mené jusqu’au bout. Le plus tôt sera le mieux. Tant que je vivrai, je m’opposerai à ce que la psychanalyse soit engloutie par la psychologie…
Lettre de Sigmund Freud à Paul Federn
******
Prof. Dr Freud
Vienne, IX. Berggasse 19
22 avril 1928
Cher Ami,
[…]
Le développement interne de la ΨA va partout, à l’encontre de mes intentions, s’écartant de l’analyse profane vers une spécialité purement médicale, ce que je considère comme néfaste pour l’avenir de l’analyse…
Bien cordialement, votre Freud
Lettre de Sigmund Freud à Sándor Ferenczi
******
Prof. Dr Freud
Vienne, IX. Berggasse 19
le 27 avril 1929
Cher Ami,
[…]
Le dernier masque de la résistance à l’analyse, celui du médico-professionnel, est le plus dangereux pour l’avenir…
votre Freud
Lettre de Sigmund Freud à Sándor Ferenczi
******
"La psychanalyse n’est pas une science."
Jacques Lacan, Le Séminaire, L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre, 1976-1977
"L’analyste ne s’autorise que de lui-même..."
Jacques Lacan, Ecrits, Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’Ecole
*******
Qui sommes-nous ?
Genèse d’(a)lpha
(a)lpha est née du désir de quelques-uns.
C’était en novembre 2003 : Bernard Accoyer venait de proposer à la représentation nationale un amendement au projet de loi relatif à la politique de santé publique, qui réveilla brutalement le champ psy. Ce projet plusieurs fois modifié depuis vise à la réglementation du champ psy en imposant aux psychothérapeutes et psychanalystes des obligations de diplômes sans véritable rapport avec leurs pratiques quotidiennes. L’ambition gouvernementale tend à la conformation de la législation française aux principes de la standardisation et de la norme.
Dans le mouvement qui s’ensuivit, un groupe se constitua pour réaffirmer le principe freudien de la laïcité de la psychanalyse : c’est (a)lpha – association pour la laïcité de la psychanalyse. Des psychanalystes notamment, d’orientation freudienne et lacanienne, ont pris la parole dans le champ public pour défendre et promouvoir la spécificité de leur formation.
L’association (a)lpha a vu le jour le 13 février 2004. Elle se fixe pour objectif la défense et la promotion de la laïcité de la psychanalyse telle qu’elle a été définie par Sigmund Freud et Jacques Lacan. Freud dut en effet toute sa vie défendre la psychanalyse contre les tentatives de mainmise comparables à ce que nous connaissons aujourd’hui ; il n’a jamais cessé de réaffirmer que la psychanalyse ne pouvait être que profane -ou laïque- c’est-à-dire indépendante des études de médecine ou de psychologie.
Lacan à sa suite souligna la nécessité pour l’analyste de continuer toute sa vie à se former, dans des lieux de formation variés, afin de contrer les préjugés et les stéréotypes de pensées, dangereux pour la pratique analytique.
L’(a) d’(a)lpha
La graphie choisie pour écrire le nom de l’association – (a)lpha- traduit l’ancrage du psychanalyste du côté du désir, par opposition à la fixation du côté de la norme et du diplôme que cherche à imposer ce projet de loi. (a)lpha écrit seul, avec son (a) séparé par des parenthèses, s’oppose à « l’alpha et l’oméga », première et dernière lettres de l’alphabet grec censées, dans la symbolique grecque puis religieuse, contenir la clef de l’univers tout entier, aux mains du Maître-de-Tout. En isolant ainsi une des deux lettres, la première, nous avons l’idée contraire, celle d’affirmer le pas-tout du savoir analytique, savoir percé d’un trou, toujours incomplet.
(a)lpha défend l’idée que maintenir la psychanalyse hors des « religions du tout » nécessite de conserver un « champ psy » aussi ouvert que possible – notamment parce qu’un des enjeux essentiels de notre combat est de conserver pour chacun la possibilité de choisir son thérapeute. De sa position d’indépendance, (a)lpha se veut ouverte sur le monde et regroupe quiconque se reconnaît dans la laïcité de la psychanalyse : psys, analysants, défenseurs de la psychanalyse… Elle est un ensemble ouvert, une caisse de résonance.
Un outil : le site de l’association
www.alpha-psychanalyse.org
Qu’appelle-t-on « psychanalyse laïque » ?
La psychanalyse est une pratique qui permet de découvrir les conflits inconscients qui nous traversent.
Parce qu’elle a un effet thérapeutique, on peut penser qu’elle relève de la médecine et ne devrait donc être exercée que par des médecins.
Parce qu’elle a des effets sur nos relations aux autres, on peut trouver logique qu’elle soit plutôt exercée par des psychologues.
Parce qu’elle touche à de grandes interrogations philosophiques ou métaphysiques, on peut souhaiter en réserver l’exercice à des prêtres, des moralistes ou des philosophes.
Et puis, elle est un espace de parole, et devrait donc n’être pratiquée que par des professionnels du langage, linguistes ou conteurs. Elle s’appuie sur la remémoration et interroge les trous de notre histoire, il faudrait donc que ne s’installent sur le fauteuil de l’analyste que des historiens ou des romanciers.
La liste des différentes professions qui auraient quelques solides arguments pour se réserver l’usage de la psychanalyse pourrait encore être étendue…
Et la «psychanalyse laïque», justement, c’est la réponse faite par Freud dès 1926 aux revendications corporatistes de l’époque et de l’avenir. A ceux qui réclamaient, parfois avec des arguments « de bon sens », que le titre de psychanalyste leur fût réservé, Freud a répondu que peu importaient les diplômes ou la profession exercée par ailleurs.
La psychanalyse doit être réservée… aux psychanalystes. C’est-à-dire, à ceux qui remplissent une condition unique et irremplaçable : être formés à la psychanalyse par une longue analyse personnelle, sur le divan - complétée par une « formation infinie » selon l’expression de Lacan, parmi des psychanalystes expérimentés. On peut donc dire que la « psychanalyse laïque », c’est simplement la psychanalyse pratiquée par un psychanalyste en tant que tel !
Il n’y aurait donc de psychanalyse que laïque ?
Oui, puisque ne peut occuper la place du psychanalyste que celui qui s’est formé à la psychanalyse. Et cette formation – dont la pièce maîtresse est l’analyse personnelle – a notamment pour effet d’interroger et mettre à distance les connaissances universitaires acquises par ailleurs afin que celles-ci ne brouillent pas l’écoute de l’analyste dans la cure. Qu’elles ne l’empêchent pas – par le filtre d’un savoir préconçu – d’entendre le singulier, toujours nouveau, du dit d’un analysant.
Le psychanalyste n’est pas pour autant un ignorant. Seulement, face au symptôme dans la cure, il ne réagira ni en médecin (cherchant par exemple une cause organique), ni en psychologue (écoutant ce qu’en pense le patient afin de lui apporter une réponse adaptée), ni en prêtre (donnant des conseils éclairés pour vivre mieux), ni en linguiste, assistante sociale, meilleur ami, confesseur ou professeur : il réagira en analyste. C’est-à-dire comme quelqu’un qui sait d’expérience que le symptôme dit quelque chose du sujet. Le psychanalyste sera donc à l’écoute de l’inconscient. Avoir ou ne pas avoir de diplômes relevant d’autres disciplines (médecine, psychologie, langues etc.) est donc indifférent lorsqu’il s’agit de mettre en acte dans l’analyse cette écoute et cette dimension d’interprétation spécifique à la psychanalyse.
Pourquoi n’y a-t-il pas alors un diplôme de psychanalyste qui garantirait que celui qui se prétend tel a bien été formé à l’analyse ?
Il existe des diplômes de psychanalyse, mais pas de diplôme de psychanalyste. Parce qu’un diplôme constate l’acquisition d’un certain volume de connaissances pratiques et théoriques - les mêmes pour tous les titulaires de ce diplôme - dans des conditions de vérification normée (examen, rapport de stage…) et que la formation à la psychanalyse ne peut pas rentrer dans un tel cadre.
La formation de l’analyste, d’abord, est plus longue que n’importe quel cursus universitaire. Elle ne s’arrête pas, d’ailleurs, quand le psychanalyste commence à exercer, elle est à peu près interminable ! La formation de l’analyste, ensuite, comprend généralement trois dimensions qui ne peuvent guère être normées, sauf à perdre leur caractère de formation analytique : l’analyse personnelle ; l’acquisition d’une expérience clinique ; et le travail sur les textes théoriques de la psychanalyse.
Mettre un diplôme sur tout ça est donc tout bonnement impossible.
Mais alors, quelle garantie ?
Il n’y en a pas, et c’est heureux.
Au cours des premières rencontres entre un analyste et un analysant commence, ou non, à se nouer un lien singulier (ce que l’on appelle le transfert), qui repose sur la confiance et que nul maître (ou institution) ne peut garantir. Sans cette confiance qui permet l’émergence du lien transférentiel, l’analyse – tout simplement – n’aura pas lieu. Elle ne commencera pas parce que l’analysant se dira : « Ben, non, cette personne ne me convient pas, je n’ai aucune envie de lui confier la moindre chose intime, je vais aller voir ailleurs ». Elle ne commencera pas parce que l’analyste se dira : « Je ne suis pas le praticien qui convient pour répondre à cette demande particulière, je vais proposer à cette personne d’aller voir un confrère ». Au pire, les choses traîneront quelques semaines ou quelques mois avant que l’un des protagonistes se rendre compte qu’il ne se passe pas grand chose, que ça a l’air d’une psychanalyse mais que ce n’en est pas une… et qu’il vaut mieux arrêter là.
Le risque que l’analyse ne puisse pas commencer, faute de l’installation d’une situation transférentielle, serait accru s’il existait des « diplômes d’analyste ». L’analysant, en effet, serait d’emblée confiant non dans l’analyste mais dans le diplôme qu’il peut exhiber… Dans les hypothèses où l’analyse ne commence pas, l’absence de garantie extérieure n’est effectivement pas bien grave.
Si le transfert s’installe, ne risque-t-on pas de se retrouver démoli par un pervers, un gourou… ?
C’est rare, sans doute bien plus rare que dans d’autres types de situation, mais c’est effectivement possible. Seulement, de ce risque, qui vaut pour toutes les rencontres humaines, aucun diplôme ne pourrait nous prémunir. Un médecin généraliste peut capter l’héritage d’une personne âgée qui lui fait entièrement confiance, un psychologue peut influencer son patient et le pousser à prendre des décisions qui se révéleront très mauvaises pour lui, un enseignant cruel ou n’ayant pas conscience de son influence peut acculer au suicide un adolescent fragile… les diplômes n’ont jamais été une garantie de l’éthique ni même de la compétence des diplômés.
Faire confiance suppose toujours une prise de risque, en analyse comme ailleurs. Ce risque serait bien plus grand si triomphait une vision normative de la formation du psychanalyste. L’analysant serait en effet rassuré par le diplôme de l’analyste ; l’analyste, quant à lui, serait tenté de se cacher derrière le beau diplôme qui garantit qu’on peut lui faire confiance… et toutes les dérives seraient alors possibles.
(a)lpha, un manifeste pour la psychanalyse
(a)lpha s’est donc constituée avec l’idée que les psychanalystes n’avaient pas assez expliqué au public, au législateur, à la Cité, cette spécificité de la psychanalyse. Il était temps de faire ce travail d’explication. Préserver la psychanalyse d’une mise en coupe réglée, c’est parier que l’être humain est capable de rencontres fondées sur la confiance, l’éthique et la responsabilité.
Le Manifeste d’(a)lpha, version politique de son action, défend ce principe et expose notre engagement.
Il peut être signé sur le site web de l’association.
Manifeste d ’ (a) l p h a
Parce que quelques élus en mal de sécurité et un ministre scientiste, grands prêtres de la sécurisation des âmes, prêcheurs du bien-penser en rond et catéchumènes du principe de précaution, oublieux sans doute que vivre tue, oeuvrent avec acharnement à la conformation de la législation française aux principes de la standardisation, des psychanalystes d’orientation freudienne et lacanienne prennent la parole dans le champ public et revendiquent la spécificité incommensurable de leur formation.
On devient psychanalyste, non pour avoir émargé au bas de quelques diplômes, mais pour avoir rencontré le désir de l’analyste, à l’entour de sa cure, qui d’être personnelle en était didactique.
Freud l’avait conçu, notamment dans ce texte fondateur de La Question de l’Analyse Profane : il y montrait, en 1926, à l’occasion du procès intenté contre Theodor Reik pour exercice illégal de la médecine, que la psychanalyse ne saurait être inféodée à la médecine. Lacan, après Freud, théorisa cette place inédite du psychanalyste et définit les disciplines nécessaires à sa formation.
Il ne peut de fait y avoir production d’un psychanalyste sans une analyse.
Et le psychanalyste est laïc à plusieurs égards : – non pas au sens du signifiant agité dans l’actualité –, mais au sens où sa fonction relève de la place qu’il tient dans le dispositif analytique; au sens où son savoir, enrichi de sa réinvention permanente, se constitue dans l’expérience, sans pour autant faire système de pensée ; au sens où sa pratique est étrangère à toute évaluation ou tout contrôle administratifs et ne peut être garantie par aucune qualification universitaire.
Aussi, (a)lpha – Association pour la Laïcité de la psychanalyse, se veut-elle rempart contre la vague évaluationiste ambiante. Elle défendra la laïcité de la psychanalyse au risque de la loi.
Aussi, (a)lpha rappelle-elle que le psychanalyste, en tant que tel, ne se soutient d’aucune autre place que celle où s’édifie son désir.
Aussi, (a)lpha rappelle-t-elle que tout diplôme n’est pour rien ni dans l’émergence du psychanalyste, en dépit de ce qui peut être pensé par l’Autre législateur – qui n’y changera rien –, ni dans sa garantie, s’il faut le soumettre au principe de précaution.
(a)lpha et les signataires de ce manifeste s’élèvent contre cet arbitraire légal et érigent ce projet …pour que vive la psychanalyse !
Manifeste à signer sur www.alpha-psychanalyse.org
(a)lpha au travail
(a)lpha entend faire connaître et reconnaître le caractère laïque de la psychanalyse (en allemand, la Laienanalyse), dans le cadre des pensées freudienne et lacanienne, au moyen d’une réflexion sur les textes de Freud et de Lacan et de travaux menés par les membres de l’association.
L’association travaille ainsi à situer la question de la Laienanalyse dans une perspective conceptuelle, historique, juridique – sans oublier la perspective européenne.
L’association s’est donné deux axes de travail pour défendre et promouvoir la psychanalyse laïque ;
- la production d’un savoir sur la laïcité de la psychanalyse, avec une répartition en groupes de travail informels qui étudient ces différentes perspectives ;
- la publication sur un site web pour un large public des textes et articles produits.
Contacts
Bureau d’(a)lpha
NB: dans les adresses e-mail, remplacer le [X] par @ (précaution anti-spam)
Benoit Drunat, Président : benoit.drunat[X]wanadoo.fr (+ 33 (0)6 24 93 29 70)
Armelle Gaydon, vice-Présidente : armelle.gaydon[X]wanadoo.fr (+ 33 (0)6 03 02 03 03)
Lamia Amad, Secrétaire : la.amad[X]9online.fr
Nadine Duchène, Trésorière : nadine.duchene[X]net-up.com
Gala Poliakov, membre : gala.poliakov[X]free.fr
Karim Bordeau, membre : Karim.Bordeau[X]wanadoo.fr
Coordonnateurs des groupes de travail
Production théorique sur la question de la laïcité de la psychanalyse
Responsable du GROUPE DOSSIER d’INFORMATION - Coordonnatrice : Elsa Ebenstein - elsaeben[X]club-internet.fr
Responsable du GROUPE EUROPE (étude des législations européennes concernant les psychanalystes) - Coordonnatrice : Lamia Amad - la.amad[X]9online.fr
Responsable du GROUPE LECTURE des textes de Freud et Lacan sur la Laienanalyse - Coordonnateur : Karim Bordeau - Karim.Bordeau[X]wanadoo.fr
Responsable du GROUPE HISTOIRE de la question ET étude des PROCES faits à des analystes - Coordonnatrice : Alicia Bukschtein - aeb3[X]wanadoo.fr
Responsable des TEMOIGNAGES écrits par les membres d’(a)lpha sur ce que représente pour eux la question de la laïcité de la psychanalyse - Coordonnateur : Claude-Louis Berthon - clberthon[X]wanadoo.fr
Publication de ces travaux sur le site d’(al)pha
LECTURE DES ARTICLES A PUBLIER - Coordonnateur : Patrice Aron - patrice.aron[X]laposte.net
CREATION ET MAINTENANCE DU SITE WEB - Coordonnatrice : Gala Poliakov - gala.poliakov[X]free.fr
TRADUCTIONS - Coordonnatrice : Véronique Outrebon - veronique.outrebon[X]wanadoo.fr
Par Travail collectif le 08/05/2004


