«Est profane celui qui quitte le temple universitaire»
Par Jacqueline Bonhomme
DESS en poche, je commençais à démarcher pour trouver un poste de psychologue.
L’employeur questionne : "Que savez-vous faire ?"
Et je m’entends lui répondre "rien".
Ma spontanéité ou ma virginité professionnelle l’a satisfait, je suis embauchée.
Le DESS se réduisait en un "rien" dans la poche.
Que faire avec du rien ?
Poursuivre la formation. Commence alors une errance d’une dizaine d’années dans des lieux différents de transmission de savoir. Après un, deux, voire trois ans dans un de ces cercles plus ou moins universitaires, je tournais en rond, la boucle se refermait, et avec une certaine lassitude j’allais voir ailleurs si c’était mieux.
Au cours de cette balade didactique, j’engageais une analyse personnelle. L’angoisse m’y conduisait. La répétition se poursuivait.
Puis d’aventure en aventure, je rencontrais le champ freudien alors qu’un certain endormissement accompagnait le ronronnement de ces cycles formatifs.
Ce rendez-vous avec la contingence allait être déterminant.
Lacan ? …Un nom… quelquefois évoqué, d’autre fois ironisé, parfois profané.
Lacan ? …Une idée toute faite : "Il est abscons".
Le réveil fut brutal. La compréhension est immédiate que « quelque-chose est à entendre » là où justement ma maîtrise de savoir est en défaut. J’ai la surprise d’être vivement animée par cet enseignement où «j’y perds mon latin» alors que je cherchais précédemment un «prêt-à-porter» clinique qui viendrait boucher mon «rien».
Je compris alors que mon rien n’était pas rien.
Mon rien se trouait d’un vide. Et ce vide devenait le lieu d’une source vive où le désir jusqu’alors rabattu circulait enfin.
Je changeais d’analyste…
Souterrainement des rus assoiffés ravinaient maintenant mes terres inconnues. Ils s’entrecroisaient pour faire flaque, tache qui ne demandait qu’à être griffée pour s’orienter. La rayure ne pouvait passer que par l’écriture.
Mais si le discours lacanien m’avait «harponnée», en surface le papillonnement du temps perdu laissait trace. Aussi il m’a fallu l’instant de voir qu’une vérité était à cerner. Le temps de comprendre qu’il fallait quitter cette place de réceptrice passive d’un discours pour faire conversation. Il fallait y mettre du sien, «mouiller» sa chemise. Et de chemise en jaquette, le DEA de psychanalyse me permit ce détour, d’épingler «le portrait du dandy en psychanalyste».
Parallèlement à cet estampillage universitaire, je me heurtais toujours aux butoirs péremptoires de ma cure.
Une joute se joue encore entre mon désir et mes résistances. Mais je sais que viendra le moment de conclure.
L’engagement est sans équivoque. L’amendement lacanien telle une semence fertile m’autorise aujourd’hui dans la fidélité la plus laïque de lever le voile sur mon désir d’être analyste.
Par Jacqueline Bonhomme le 13/04/2004


