« Histoire d'un amendement
par Jean-Pierre Sueur
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Lectures de Vacances

Par Elsa Ebenstein

Chuck Palahniuk est un auteur américain qui, traduit en français, trouve sa place dans des collections de romans noirs.
Il y a, dans son inventivité délirante, quelque chose de Philip K. Dick moins la science-fiction. Ses héros ont l’obéissance ironique, dans un monde qui balance entre la consommation pour tous et la secte religieuse pour quelques uns. Ils ne dénoncent pas, ils se conforment. Juste un peu trop…
Au passage, Chuck Palahniuk nous dit donc fort bien à quoi peut servir le DSM : c’est un guide utile pour répondre à la demande de l’Autre, une bible en forme de catalogue pour tenir convenablement sa place dans le discours du maître.

Dans Survivant , le héros est pris en charge par un programme psycho-social, à la suite de sa sortie d’une secte. Avant de vivre plein d’aventures, que je ne vous raconte pas, évidemment, si d’aventure vous décidiez d’apporter ce livre avec vous sur une plage, le brave garçon se soigne…

" Aux yeux de l’assistante sociale, quand nous avons fait nos débuts ensemble, il y a 10 ans, je n’étais pas un escroc. A l’origine, j’étais un obsessionnel compulsif.
(…)
Après avoir été un obsessionnel compulsif, j’ai été un cas de stress post traumatique.
Puis j’ai été agoraphobe.
J’ai souffert de crises de panique.
(…)
Pendant environ trois mois après ma première rencontre avec l’assistante sociale, j’ai été un cas de dissociation de la personnalité parce que je ne voulais pas parler de mon enfance avec la dame.
Puis j’ai été un schizoïde parce que je ne voulais pas me joindre au groupe hebdomadaire de thérapie qu’elle dirigeait.
(…)
Le livre que l’assistante sociale m’a donné s’appelait Diagnostic and Statistical Manual of mental Discorders. Nous l’appelions DSM pour faire plus court.
(…)
C’en était arrivé au point que l’assistante sociale pouvait jeter le DSM par terre, et, quelle que fût la page à laquelle il s’ouvrait, c’était ce à quoi j’essayais de ressembler pour la semaine.
Nous avons été relativement heureux de cette manière. Elle avait le sentiment de faire des progrès toutes les semaines. J’avais de mon côté un script qui me disait comment me comporter. Ce n’était pas ennuyeux, et elle me donnait trop de pseudo-problèmes pour que je stresse à propos du réel. Tous les mardis, l’assistante sociale m’offrait un diagnostic, et c’était ma nouvelle tâche.
Lors de notre première année ensemble, il n’y a pas eu assez de temps libre pour que j’envisage le suicide.
Nous avons fait le Stanford-Binet pour avoir une idée de l’âge de mon cerveau. Nous avons fait le Wechsler. Nous avons fait l’inventaire de personnalité multiphase de Minesota. L’inventaire clinique multiaxial de Million. L’inventaire de dépression de Beck.
L’assistante sociale a tout trouvé à mon sujet sauf la vérité.
Quels qu’aient pu être mes véritables problèmes, je ne voulais pas les voir réglés. Aucun des petits secrets que je portais à l’intérieur de moi ne voulait être découvert et expliqué. Par des mythes. Par mon enfance. Par la chimie. Ma peur était : que resterait-il alors ?
(…)
L’assistante sociale m’a guéri d’une centaine de symptômes, dont aucun n’était réel, pour me déclarer sain d’esprit. Elle était tellement heureuse, tellement fière. Elle m’a envoyé vers le soleil, guéri. Tu es en paix. Va ton chemin. Marche. Un miracle de la psychologie moderne."


Par Elsa Ebenstein le 13/07/2005.