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Lettre d’accompagnement jointe au dossier envoyé aux sénateurs

A Monsieur, Madame …
Sénateur…

Saint Laurent - Nouan , le 8 mai 2004
Monsieur le Sénateur (ou Madame le Sénateur,)

(a)lpha – Association pour la laïcité de la psychanalyse attire votre attention sur le danger pour la pratique psychanalytique que pourrait représenter l’adoption définitive de l’article 18 quater du Projet de Loi sur la Politique de Santé Publique, qui prévoit de créer une réglementation de la pratique des psychothérapies, texte dit « amendement Accoyer » puis « Giraud-Mattéi » et plus récemment « amendement Dubernard » depuis sa deuxième lecture et son vote à l’Assemblée nationale le 8 avril 2004.

Si le passage du texte en juin prochain devant le Sénat, à l’issue de la deuxième navette, devait maintenir la rédaction actuelle du texte – notamment en renvoyant toute son application à des décrets dont nous ne savons rien et sur lequel le contrôle parlementaire ne pourrait pas s’exercer –, ce serait une véritable atteinte à notre profession en même temps qu’une nouvelle funeste qui risquerait de tuer la psychanalyse telle que nous l’exerçons.

Les membres de l’association (a)lpha veulent témoigner de l’indignation qui les a saisis lorsqu’ils ont vu surgir un texte à l’issue d’une concertation qui n’a concerné que certaines écoles ou associations de psychanalystes, tandis que d’autres groupes étaient tenus à l’écart. Ils veulent également vous alerter sur l’orchestration médiatique visant à la promotion des thérapies cognitivo-comportementalistes au nom de références scientistes inquiétantes, soi-disant pour le «bien de tous» quand il s’agit surtout de pratiques de rééducation hygiénistes et autoritaires des patients.

La psychanalyse, cette expérience unique et singulière de la fonction de la parole et du transfert, qui s’accompagne d’une formation théorique et clinique «infinie» pour celui qui s’autorise à être psychanalyste, au «un-par-un», pour un autre analysant, ne peut du fait de sa spécificité être soumise à une quelconque évaluation externe - et ne relève en rien d’un quelconque diplôme universitaire comme veut le faire croire l’amendement Dubernard. D’ailleurs nous disposons déjà de nos propres contrôles internes.

Aussi trouverez-vous ci-joints quelques documents produits par des membres de notre association, portant sur notre pratique et sa portée. Ils rappellent que la pratique psychanalytique ne peut être que profane (ou laïque) au sens où Freud et Lacan ont défini le concept de laïcité dans notre champ : nous défendons une psychanalyse laïque, c’est-à-dire dégagée du scientisme, des religions et des temples, se gardant de s’inféoder à la médecine et fuyant les préjugés et les certitudes conjoncturelles. La psychanalyse préserve la liberté de parole de ses patients, envers et contre tout – comme Freud n’a cessé de le rappeler.

(a)lpha vous invite donc à porter votre attention et votre vigilance, dans le champ de compétence et d’influence qui est le vôtre, sur l’adoption par le Sénat ou par une éventuelle Commission mixte paritaire, d’un texte définitif «qui serait contraire à une tradition française et européenne» pour reprendre l’expression de votre collègue, Monsieur le Sénateur Adrien Gouteyron.

Confiant en la lecture attentive que vous ferez des informations contenues dans le dossier joint, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Sénateur, l’expression de ma haute considération.

Pour le Bureau d’(a)lpha,
Le Président,

Benoit Drunat

Par Travail collectif le 08/05/2004