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Pour la psychanalyse laïque

Par Hassen Chedri
Philosophe, psychanalyste

"... ce qui devrait être le souci majeur de tout praticien :tracer chaque jour son champ d’action, redéfinir ses outils, ses concepts,lutter contre sa propre nocivité afin de préserver ce domaine toujours menacé : l’éthique" - Jean Oury, Création et Schizophrénie, Ed. Galilée, 1989


Avec les interventions d’Accoyer et Mattéi dans le champ psychanalytique, il y a eu pour moi un coup de tonnerre, un avant et un après, une surprise totale, transversale aux associations, subversive. Subversive dans le renoncement à s’en remettre à des fatalités du genre « on est obligé de négocier avec l’Etat, c’est inévitable » , sans débat avec les membres des associations. Subversive dans le sens où depuis lors, on renverse les choses, désoriente les perspectives et les évidences corporatistes, non pour détruire, mais dans la perspective d’une vérité critique. Non plus pour affirmer des certitudes, ces dernières renvoyant à l’idéologie syndicaliste d’associations analytiques.

La parole circule. D’une certaine manière, un débat national et international, notamment via la toile Internet, s’est ouvert sur la question de la psychanalyse laïque. Les associations qui ont négocié avec l’Etat sans débat ont vu réapparaître ce dernier dans la marge. Et cela est l’événement majeur pour moi. Comme trace de l’affirmation que la psychanalyse en tant que laïque est toujours en danger.

C’est pourtant un principe fondamental que l’analyse comme inaliénable, c’est-à-dire impossible à être autre que ce qu’elle est dans son acte de fondation repris à chaque instant un par un, au singulier dans l’expérience analytique ou les variantes de la cure-type.

Je rappelle des évidences : l’analyse est une (méthode d’) investigation de l’inconscient, une métapsychologie et une cure pour faire court. Trois dimensions ni identiques ni séparées, en tensions permanentes. Cette originalité est à penser, encore et toujours : elle est le fondement de ce qu’on le peut entendre par analyse laïque : soutenir l’hypothèse de l’inconscient et d’une métapsychologie chaque fois mise à l’épreuve dans la singularité de la cure, au un par un.

La psychanalyse laïque ne renvoie donc pas à un ni-ni, mais à un principe fondamental. Pas d’autre pré-requis à la définition de la psychanalyse comme telle : la psychanalyse laïque n’exclut personne, aucune profession. Elle exige seulement une expérience clinique (la confrontation à la souffrance psychique de l’autre) et une cure personnelle. En ce sens, elle est fondamentalement une praxis en tension et jamais close, une articulation de la théorie et de la clinique qui n’a rien à voir avec une application de règles générales à un cas particulier.

Avec Freud, qui dépasse le dualisme normal-pathologie, « l’être-normal » devient ce sujet suffisamment névrosé pour s’adapter à la réalité et suffisamment psychotique pour la transformer. La psychanalyse n’a pas pour ambition de normer le sujet et, laïque, elle est donc à défendre : Freud ne voulait pas qu’elle soit engloutie dans la psychologie ni ne devienne la bonne-à-tout-faire de la médecine.

Pour sa part, Lacan avait dans l’idée, en écho à la résistance de l’analyste dans la cure, que les pires ennemis de la psychanalyse pourraient être les psychanalystes eux-mêmes…

Par Hassen Chedri le 11/09/2004