Votre psychanalyste
Par Aline Dupuy
Les experts de l’évaluation et de la réglementation sont des collectionneurs. Ils partent à la chasse aux inadaptés sociaux de tout poil, les classent et les étiquettent soigneusement, les épinglent de signifiants aussi ridicules qu’incompréhensibles, inventent de nouveaux spécimens selon des critères plus que douteux, se font appeler scientifiques, se disent modestes et crient haut et fort que la psychanalyse n’est pas une pratique qui puisse être évaluée, qu’elle n’a aucune fiabilité qu’elle est donc incapable de traiter de façon efficace tous ceux qui souffrent de troubles psychiques.
Peut être pourrait-on souhaiter à ces experts de trébucher sur "Malaise dans la civilisation" de Freud, égaré là, au milieu des manuels de techniques d’évaluation, de management, d’audit, manuels comptables de l’expérience humaine.
De quoi donc s’autorisent ceux qui voudraient aujourd’hui parler au nom de ce qu’ils ne sont pas – des psychanalystes – sous prétexte d’une chasse au gourou charlatanesque et d’une garantie de sécurité publique?
Les psychanalystes sont des femmes et des hommes qui pratiquent la psychanalyse et ces femmes, ces hommes, depuis Freud jusqu’à Lacan, n’ont pas attendu que l’on veuille réglementer l’acte psychanalytique pour dire ce qu’il en est de leur pratique, de l’exigence toujours renouvelée de la formation et de la pratique psychanalytique.
Rappelons qu’une psychanalyse est une cure, un traitement par la parole.
Ce qu’a entendu Freud de l’inconscient de certaines hystériques est valable pour tout homme au-delà de la question de cure analytique elle-même.
Le sujet de l’inconscient est celui qui parle à travers les symptômes et les rêves, les lapsus et les actes manqués.
L’’inconscient nous fait quotidiennement des crocs-en-jambe. Parfois, il fait de notre vie un enfer, pas toujours pavé de bonnes intentions.
L’inconscient a le propre de se manifester là où et quand on ne l’attend pas. Mais il s’entend; il surprend; il se cache pour ne pas être reconnu.
L’inconscient et ses manifestations, c’est l’affaire du psychanalyste, comme le cœur est l’affaire du cardiologue, comme les chiffres sont l’affaire de l’évaluateur.
L’inconscient ne se chiffre pas, il se déchiffre.
Il en faut au moins un pour entendre ce que dit l’inconscient. Le psychanalyste est celui-là. Il est celui-là parce qu’il en sait quelque chose, de ce qu’il en est de son sujet à lui – de l’inconscient.
C’est la première chose : être psychanalyste suppose avoir été en place d’analysant pendant un temps plus où moins long.
Certes, ce n’est pas quantifiable mais c’est un impératif, une condition indispensable, afin d’acquérir, nous dit Freud, "l’expérience et la conviction en psychanalyse" et "de se rendre capable d’accueillir sans parti pris le matériel analytique".
Mais ce n’est pas suffisant.
Le psychanalyste est aussi celui qui vient témoigner, auprès de quelques autres psychanalystes chevronnés, des effets de sa cure et de son désir à se positionner lui-même comme psychanalyste. Ces quelques autres font autorité. Nul besoin d’une autre, surtout pas de cette autorité qui bâillonne le sujet.
Et ce n’est pas tout.
Le psychanalyste pratique aussi l’analyse de contrôle, dispositif qui permet au praticien de s’adresser à un analyste de son choix, pour rendre compte du déroulement de la cure de l’un ou de plusieurs de ses patients afin par exemple, d’en orienter l’évolution.
Mais encore?
Votre psychanalyste peut être médecin, psychiatre, philosophe, boulanger ou receveur des postes et s’il se réfère théoriquement à Freud puis à Lacan, il ne peut être ignorant des autres savoirs. Il se confronte à toutes les formes de connaissances sans qu’il lui soit nécessaire de se recommander de l’estampillage universitaire ou de s’en faire valoir.
Ne cherchez pas chez votre psychanalyste un signe distinctif. Il ne ressemble à aucun autre.
Par Aline Dupuy le 30/06/2004.


