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«Your psychoanalyst is a charlatan»

Par Françoise Stark Mornington

Depuis la présentation de l’amendement Accoyer, on assiste à la composition d’une nouvelle relation équative dans la doxa [psychothérapeute - charlatan] résultant de la concaténation du syntagme [les psychothérapeutes sont des charlatans]. Comme l’atteste l’information communiquée au SNP le 24 novembre 1999 par Bernard Accoyer, député de Haute-Savoie et maire d’Annecy-le-Vieux, information accompagnée d’un courrier précisant :

«Il s’avère en effet que seule l’utilisation des titres de "psychologue" et "psychiatre" est étroitement encadrée, de sorte qu’il arrive que des charlatans, dont des membres de sectes, n’hésitent pas à s’autoproclamer "psychothérapeute", abusant ainsi de la vulnérabilité de leurs clients potentiels»

Cette nominalisation fige l’emploi du nom [charlatan] à celui de [psychothérapeute]. Si nous connaissons le champ lexical de [psychothérapeute], il me semble pertinent de découvrir celui de [charlatan] : historiquement «le vocable [charlatan] est emprunté (1152) à l’italien de même sens [ciarlatano] (XVe s.) lequel est issu du croisement de [cerretano] littéralement "habitant de Cerreto", d’où au figuré «crieur sur les marchés» par extension «bonimenteur, marchand de drogues». Cerreto est le nom d’un village près de Spolète dont les habitants vendaient souvent des drogues sur les marchés -, et de [ciarlare] bavarder. Le mot désigne par extension un bateleur, souvent péjorativement un vendeur ambulant qui débitait des drogues sur les marchés et arrachait les dents d’où par extension, tout imposteur exploitant la crédulité publique (1168) Il est noté qu’il n’a pas cette valeur négative en français d’Afrique, où il désigne «celui a des pouvoirs divins».

Nous retiendrons ici l’extension de ce vocable car, par définition, le psy ne distribue pas de drogues : ce qui induit que le psy est ravalé au statut de «bonimenteur» c’est-à-dire de celui qui saurait y faire avec le code et la langue et dénierait la vérité.

Il est intéressant de constater que cet emploi est attesté outre atlantique par Woody Allen (2003) dans son film intitulé Anything Else où il affuble le psychanalyste de son héros Jerry Falk de cette nominalisation. Ce film apparaît «as a hostile critique of psychoanalysis» comme il est précisé dans The Los Angeles Weekly c’est-à-dire comme une critique de la psychanalyse : incapable de répondre aux questions essentielles qui fondent l’existence humaine à savoir : la vie, la mort, le désir. Il est vrai que le psy dans le film de Woody Allen est pris dans un rituel de 45mn où il convie son patient «to hear Jerry recount his dreams about the entire Cleveland Indians rather than about his actual problems». La psychanalyse est présentée dans le film de Woody Allen comme une science des rêves réduite à un référentiel où la forclusion du sujet comme sujet de parole est manifeste. Alors que reste-t-il au sujet pour se manifester ? Eh bien, entre autres comme nous le présente Woody Allen, le passage à l’acte sans pouvoir mettre un mot dessus : «smashing a car without saying a word» et quand l’Autre est vécu comme menaçant, deux solutions s’ouvrent au sujet : le repli ou la fuite vers l’Ouest.

Cette réduction de la psychanalyse à une technicité ignorant les lois du langage et valorisant une grille de signification valable pour l’homme–moyen ravale la psychanalyse à un statut faussement scientifique alors que comme le désignait J. Lacan « …la psychanalyse dans son premier développement, liée à la découverte et à l’étude des symboles, allait participer de la structure de qu’au Moyen Age on appelait arts libéraux privée comme eux d’une formalisation véritable, elle s’organisait comme eux en un corps de problèmes privilégiés, chacun promu de quelque heureuse relation de l’homme à sa propre mesure». Ce glissement de la position du psychanalyste « comme sujet supposant savoir » à celle «d’arnaqueur» comme cela été traduit dans la version française du film rend compte de cette translation du psy comme agent de contrôle dans le discours du maître.

C’est ce qui est annonciateur pour Vincente Molina Foix dans El Pais «d’un prélude emphatique et ordonné de nos sauvageries». Où la France dans son savoir-faire singulier alliant scientisme et politique managériale tente «de mettre le psychisme sur le même plan juridique que la propriété ou l’intégrité physique des personnes». C’est ce qu’il désigne par «l’homogénéisation sociale à la française»«la France engagée sur le chemin d’un contrôle des goûts et des comportements» apporte à l’Europe cette petite note particulière. Il ne reste plus comme Vincente Molina Foix le conclut qu’à inventer une façon singulière pour le sujet de rester en marge de ce «zèle sanitaire» en prenant la place «d’un charlatan de l’air du temps».

Par Françoise Stark Mornington le 7 Février 2004