(a)lpha rencontre Francis Brunelle
Conseiller technique du Ministre de la santé
Par Benoit Drunat et David Muhlmann
David Muhlmann et moi-même avons été reçus, ce vendredi 28 avril après-midi, par M. Francis Brunelle, Conseiller technique auprès de M. Xavier Bertrand, Ministre de la Santé et des Solidarités.
Nous souhaitions défendre devant lui la position d’(a)lpha vis-à-vis de la laïcité de la psychanalyse confrontée à la préparation du décret d’application de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur la politique de santé publique.
La discussion à bâtons rompus qui s’est engagée entre nous a duré une heure, courtoise et ouverte.
Nous avons précisé qu’(a)lpha n’est pas une association de psychanalystes mais une association de psychanalyse et qu’elle accueille des adhérents d’horizons divers ; puis nous avons pris acte de la volonté gouvernementale de mettre en œuvre un plan de santé mentale pour pallier la déliquescence de la psychiatrie française mais avons affirmé que la psychanalyse ne saurait y trouver une place quelconque dans la mesure où elle ne saurait être définie par voie légale ou réglementaire comme le rappelait récemment René Major dans sa lettre du 21 avril. Nous avons rappelé à M. Brunelle que les organes de formation psychanalytiques s’inscrivent dans une tradition non-universitaire et ont permis, au fil de l’histoire de notre pratique, l’établissement d’une formation solide et de régulations internes qui lui permettent de perdurer.
Ainsi avons-nous été amenés à demander à M. Brunelle si le gouvernement entendait étendre sa volonté politique à la psychanalyse.
M. Brunelle nous a formellement répondu qu’il n’était ni de la vocation de l’Etat ni dans le projet du gouvernement de poursuivre en ce sens. La séparation psychanalyse – psychothérapie est entérinée par le Ministre de la Santé et la psychanalyse en tant que « méta-institution » ne saurait être soumise au même type de réglementation que les « pratiques psychothérapeutiques ». L’Etat n’a pas à se mêler du devenir de la psychanalyse qui jouit d’une « totale liberté ». Cependant, en tant qu’elle se veut un champ disciplinaire constitué, elle se doit d’accepter de formaliser les « devoirs » qui font le contrepoids de « ses droits ». En ce sens, il lui appartient de faire valoir publiquement et de formaliser ses modes de formation (séminaires théoriques et cliniques, contrôle, présentation de malades…). En somme, l’Etat n’a pas vocation à normaliser la psychanalyse ; c’est plutôt à la psychanalyse de témoigner du sérieux dont fait preuve son champ disciplinaire.
Aussi, à la question de M. Brunelle de savoir comment nous voyions une possible mise en oeuvre de cette proposition, avons-nous proposé qu’une série de réunions des Ecoles et Associations de formation psychanalytique établisse le cadre des critères communs de formation qui permettrait au public de comprendre ce qu’est la psychanalyse et quelles devraient être les règles partagées qui la constituent. Ce serait aussi l’occasion de valoriser la richesse et la diversité des échanges qui caractérisent le champ de la psychanalyse française.
Ainsi, il apparaît aujourd’hui, au cœur du débat, que la question de la pratique psychanalytique en tant qu’elle est laïque, c’est-à-dire exercée notamment par des analystes profanes, se trouve relancée et désormais posée aux Ecoles et Associations de psychanalystes mêmes. C’est à elles de s’ouvrir ou non aux analystes profanes.
L’avenir proche dira si lesdites institutions psychanalytiques, qu’elles soient « freudiennes orthodoxes » ou lacaniennes, précèderont une attente et des exigences qu’il n’y a pas de la part du gouvernement en n’accueillant que des analystes diplômés de médecine ou de psychologie, comme s’il fallait à tout prix endogénéiser des contraintes étatiques illusoires et rogner sur les principes pour gagner une respectabilité publique ou si, fidèles à l’héritage freudo-lacanien, la question du diplôme universitaire tombera d'elle-même, comme nulle et non avenue dans le processus de formation du psychanalyste.
David Muhlmann et moi-même avons fait savoir à M. Brunelle que nous resterions à sa disposition s’il advenait que notre proposition fût retenue.
Benoit Drunat et David Muhlmann.


