« Mobilisation contre l'avant-projet de décret
Appel
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« La psychanalyse peut-elle éclairer ma pratique ? » »

Assemblée Générale ordinaire du 29 mars 2006
Rapport moral d'(a)lpha

Par Benoit Drunat

« Pas de psychanalyse vivante sans laïcité, c’est ce que nous a appris Freud en prenant le temps d’écrire La Question de l’Analyse Profane et en ne cédant jamais, tout au long de sa vie, sur cette question, puis Lacan à son tour en élaborant l’idée qu’il se faisait de la formation de l’analyste. Cette question centrale de la laïcité, au principe même de la psychanalyse, l’association s’est donné pour mission de la travailler, la théoriser, la rappeler, la maintenir dans l’actualité.» écrivions-nous en conclusion du rapport moral de l’année dernière.

L’année 2005 en aura porté la trace dans les deux Après-Midi de Travail que nous avons organisés. Par ailleurs, la multiplication des soutiens extérieurs explicites (de la part de Jean-Pierre Sueur, Sénateur du Loiret, de René Major, de membres de l’E.C.F.), la présence de Marie-Hélène Brousse et de Véronique Mariage lors de l’AMT2, ainsi que la synthèse de nos travaux dans des Actes et dernièrement l’invitation au Ministère de la Santé sont autant d’indices que l’orientation que nous donnons à nos travaux est assez pertinente pour retenir l’attention.

Notre association, en cette année écoulée, aura continué de prendre une place publique dans le champ qui l’occupe, celui de la défense et de la promotion de la laïcité de la psychanalyse telle qu’elle a été définie par Freud et Lacan, contre les tentatives de mainmise étatiques, les préjugés et les stéréotypes de pensées, dangereux pour la pratique analytique.

Pour autant, la spécificité d’(a)lpha réside, et ce de façon de plus en plus perceptible, dans la diversité des orientations de ses membres. Il importe que nous en fassions une richesse.

Le travail réalisé

La formule des groupes de travail que nous avons instituée dans (a)lpha porte ses fruits. Chacun y travaille selon son propre désir et, le temps passé de l’élaboration, les groupes rendent compte de leurs trouvailles lors des AMT.

En 2005, deux groupes ont réfléchi : le premier intitulé « Symptôme et laïcité de la psychanalyse » s’est donné pour objectif d’interroger la place du symptôme dans notre civilisation, et à chercher à dire comment celui-ci est abordé, apprécié dans le champ social ou dans l’appareillage des institutions dominantes. Cette approche l’a conduit à questionner le discours analytique comme « levier indispensable dans l’élaboration, au cas par cas, d’un véritable travail thérapeutique, là où justement le discours du maître échoue ».

Le second a porté son attention sur l’historique des instituts de psychanalyse et ses travaux ont induit le projet de création d’un centre de consultations psychanalytiques, Rencontres Psychanalytiques, en Seine-Saint-Denis. Après avoir constaté que le maintien de la référence psychanalytique dans la cité était mis en péril, dans l’institution et dans la ville, si l’on ne recourrait pas aux leurres imposés par l’Autre social, le groupe en est venu à penser que le pari du maintien d’une pratique profane de la psychanalyse devait être tenté. Ainsi est née l’association Rencontres psychanalytiques que préside Elsa Ebenstein et dont les avancées sont particulièrement encourageantes.

Le deuxième Après-Midi de Travail, organisé le 19 novembre 2005 au cours duquel les travaux ont été présentés, enrichis d’interventions connexes, a été fructueux (Il nous a offert le thème des travaux des deux groupes de travail pour 2006 : « Science et laïcité de la psychanalyse » d’une part et « Laïcité de la psychanalyse et identification de l’analyste » d’autre part) et nous sommes heureux de vous remettre ce soir les Actes de cet AMT que nous devons au travail d’Aline Dupuy-Racinet et de Laurent Sauerwein.

La dimension politique de l’action

Alors que ces travaux se déployaient, l’actualité - apaisée à partir de l’été 2004 - nous a de nouveau sollicités à partir de la mi-2005. Pourtant, il a été difficile de faire entendre les enjeux dans les premiers temps parce que le débat se relançait à bas bruit. Dès juillet 2005, il était entendu que le gouvernement proposerait des décrets d’application à l’article 52 de la loi du 9 août 2004. Mais la mobilisation qu’avait permis l’organisation des Forums des Psy ne se renouvela pas en 2005. Ce n’est que depuis janvier 2006 que de nouvelles positions se font entendre.

(a)lpha peut s’appuyer sur de sérieux acquis : ses groupes de travail, qui produisent de la pensée et sont capables de rendre compte de leurs travaux ; la liberté de ton qui y règne, permettant le débat, voire la polémique, sans conduire à des déchirements ; l'habitude prise que chacun s'y exprime en son nom ; une indépendance qui permet de faire travailler ensemble des personnes issues d’horizons très divers.

Au-delà de ces acquis (et grâce à eux), la question des interventions publiques de l'association en tant que telle reste ouverte. Sur la laïcité de la psychanalyse, évidemment, et ce que celle-ci induit de positionnement tant à l'égard d'une loi inapplicable que de ses décrets d'application. Sur le fonds politique et social où s'inscrivent les remises en cause actuelles de la psychanalyse. Sur les initiatives que peuvent prendre les uns ou les autres dans notre champ.

L’avenir d’(a)lpha

Dans la perspective qui s’ouvre devant nous, (a)lpha doit maintenir le cap qu’elle s’est fixée. Poursuivre ses travaux et faire toute la place aux initiatives qui lui sont soumises et dont l’objectif concourt à développer ses apports.

C’est en ce sens que nous pouvons d’ores et déjà annoncer qu’

1) un rendez vous avec Francis Brunelle, conseiller technique du ministre de la Santé se tiendra le 4 avril, à la suite de la lettre adressée au ministre au nom d’(a)lpha, dans laquelle je proposais de me déplacer pour exposer notre point de vue ;

2) un AMT3 sera organisé à l’automne, vraisemblablement sur le thème du savoir psychanalytique et de la transmission de la psychanalyse ;

3) un projet de film, initié par Philippe Metz, est actuellement à l’étude ;

4) un groupe de travail pourrait voir le jour sur l’île de la Réunion, à l’initiative d’Anne-Marie Defay.

Nous espérons que la mobilisation des adhérents d’(a)lpha, notamment dans les groupes de travail, se développera dans les temps à venir, temps qui augurent d’une évolution contre laquelle il est nécessaire de réagir. De nombreuses prises de position depuis quelques semaines marquent cette urgence, depuis l’appel de Laurent Le Vaguerèse aux diverses lettres adressées au Ministre de la Santé, en passant par la mobilisation médiatique contre l’avant-projet de décret qui ouvre une brèche dont il serait naïf de croire qu’elle n’entamera pas la pratique psychanalytique.

Benoit Drunat