« Souffrance psychique
et coupe-gorge juridique
| Accueil | Amendement Accoyer, bis! »

Lettre au Permier Ministre

Orléans, le 11 novembre 2006

Monsieur le Premier Ministre,

Depuis le dépôt de son amendement par Bernard Accoyer, une tentative néfaste de légiférer sur le statut des psychothérapeutes a été déployée par votre gouvernement qui prend conseil auprès des promoteurs de la rééducation des « troubles mentaux » par la suggestion et la contrainte.

Nous avions pu croire, en avril dernier, que le choix de donner un décret d’application à l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur la Politique de Santé Publique, trouvait une issue sinon honorable du moins négociée aux débats qu’il avait suscité.

Nous avions pu croire que les consultations menées au Ministère de la Santé par Monsieur le Professeur Francis Brunelle notamment, au nom de Monsieur Xavier Bertrand, Ministre de la Santé et des Solidarités, aboutissaient alors à un compromis tolérable.

C’était sans compter sur l’effacement, dans la dernière version en date du projet de décret, du résultat de ces consultations menées avec les associations et Ecoles de psychothérapeutes et de psychanalystes.

Ce projet, aux multiples contradictions, confie désormais à la seule Université la formation des psychothérapeutes, niant la qualification et l’habilitation de ceux qui ont été formés dans des instituts privés et exercent aujourd’hui : ainsi la dimension la plus intime de l’être humain pourrait à l’avenir être prise en charge exclusivement par des psychothérapeutes d’Etat, selon la formule de Monsieur le Professeur Roland Gori.

Or, la seule formation universitaire ne saura jamais constituer une quelconque garantie en ce domaine et produira des conséquences désastreuses, sans doute dans l’équilibre du champ psy, mais surtout dans la société.

Notre association prend note que l'exercice de la psychanalyse en tant que tel – par des psychanalystes qui n’envisagent pas d’exercer par ailleurs en tant que psychothérapeutes – n'est pas, à ce jour, explicitement concerné dans la rédaction du projet de décret sur le statut des psychothérapeutes. Cependant, ce dernier annonce, selon la logique d’un principe de précaution dorénavant aux commandes, complété d’un souci sécuritaire dont l’actualité ne cesse de démontrer l’échec, le déni des travaux centenaires orientés par la psychanalyse et la négation des formations internes aux Ecoles qui ont fait de la psychanalyse française, avec Jacques Lacan, le modèle d’une pratique de la liberté.

Aussi (a)lpha – association pour la laïcité de la psychanalyse – répète ici sa désapprobation catégorique vis-à-vis de la version actuelle du projet de décret d’application de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur la Politique de Santé Publique. Notre association vous demande de renoncer à sa publication.

La sagesse voudrait qu’un débat de fond qui mobilise l’ensemble des « praticiens de la psyché » soit organisé et que votre gouvernement prenne le temps, dans la clarté et le souci respectueux des sujets, de donner à l’enjeu majeur que pose le malaise dans notre civilisation les moyens d’une résolution digne.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Pour (a)lpha – association pour la laïcité de la psychanalyse,

Benoit Drunat,
Président