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décembre 04, 2005

Comment articuler notre praxis à une science affine ?

Par Françoise Stark Mornington

Nouer la notion de science à l’objet de la psychanalyse induit d’emblée une dichotomie, puisque la psychanalyse est la technique du bien dire. Il s’agira ici de mettre cependant en tension une articulation entre l’objet des sciences du langage, de la topologie, de la logique et l’éthique de la clinique comme l’impossible à supporter depuis les enseignements de S. Freud et J. Lacan.

L’enjeu est de taille, car l’objet de la science induit une contrainte épistémique, à savoir, pour reprendre K. Popper (1959)1, la caractéristique fondamentale à engendrer des propositions falsifiables. Ce trait est purement différentiel avec la configuration de l’expérience analytique, puisque «au commencement de la psychanalyse est le transfert». Le transfert, comme le précise J. Lacan, est ce dispositif où l’intersubjectivité convie à l’usage de la parole, un sujet. La psychanalyse promet au sujet un savoir, supposé présent dans les signifiants de l’inconscient. A ce titre, la psychanalyse est une expérience, elle est empirique. De cet empirisme est né un art, qui se transmet au "un par un". C’est là, où J. Lacan désigne la place où la psychanalyse doit s’articuler à la science, à savoir la position de la maieutikê , car il s’agit en effet de convier le sujet à une destitution subjective. [Maieutikê] est à entendre du côté de l’art, c’est-à-dire non pas comme une méthode opérationnelle, mais au sens où il était en usage au Moyen-Age quand on parlait des arts libéraux telles que l’astronomie, la dialectique, en passant par l’arithmétique, la géométrie, la musique et la grammaire.

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décembre 03, 2005

L’idéal de la science en question

Par Françoise Stark Mornington

De nouvelles générations de médicaments permettant d’éliminer le syndrome de stress post traumatique (SSPT) fut l’objet du débat lancé dans Courrier International du mois de juin , «….les psychologues ayant fait preuve de leur incapacité à soigner après un événement traumatique….»
Le développement des neurosciences et des neurotechnologies offre une nouvelle gamme de médicaments de «gestion de la mémoire» permettant d’atténuer ou d’effacer les souvenirs : il suffirait d’évoquer à nouveau la scène traumatique où elle s’est produite, d’injecter un bloquant biochimique et le souvenir disparaîtrait à jamais. «Mais voilà,conclut Karim Nader, pour retrouver la tranquillité d’esprit et être libéré de souvenirs douloureux, il faudra beaucoup plus qu’une simple pharmacopée…car après tout, le cerveau/l’esprit est un organe profondément social et les souvenirs sont bien plus que de simples molécules.» Cependant le Conseil bioéthique américain a envisagé, d’après le journaliste Steven Rose, l’emploi de telle molécule pour les soldats après une bataille meurtrière, les équipes de secouriste après une mission éprouvante etc. Néanmoins la prescription de tels composants chimiques pose la question de l’intégrité de la mémoire pour un sujet, qu’il ait été victime de traumatisme ou non : c’est ce que définira dans un avenir proche la législation sur la liberté de penser.

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décembre 02, 2005

"Fille et concurrente de la science"

(a)lpha - association pour la laïcité de la psychanalyse s’est créée pour lutter contre les visées scientistes de ce que nous croyions être au début les lubies de quelques « experts » hostiles à la psychanalyse. L’amendement Accoyer n’était que la pointe émergée d’un terrible iceberg. L’idéologie de l’évaluation est en réalité déjà en voie de mondialisation, avec les objectifs qui la caractérisent : volonté de conformer le Sujet à la norme, de ravaler le psychisme au rang d’une maladie à traiter, de rééduquer (par des méthodes pavloviennes, orthopédiques et parfois cruelles) symptômes et déviances.

Le texte de Serge Dziomba dévoile la conjonction déjà opérée entre l’Union européenne, l’OMS et les spécialistes des thérapies cognitivo-comportementalistes (TCC). Une série de Plans européens sont en effet prévus pour réformer et prendre en charge la santé mentale dans nos pays. Tous se caractérisent par la disparition programmée de la psychiatrie et de ses lieux d’accueil, les patients devant à terme se « responsabiliser », « s’auto-soigner » et « s’autogérer » grâce aux thérapies TCC. L’Union européenne se préoccupe également de la « santé mentale » au travail : un des plans prévoit, pour améliorer « le comportement » des employés (traduisez : réduire l’absentéisme), de les doter « de compétences cognitivo-comportementales visant à équiper les participants d’une panoplie de moyens ».

Serge Dziomba évoque une « machine de guerre contre le symptôme » et appelle à résister, avec la psychanalyse, à cette mainmise de ces fausses sciences sur le psychisme. Ce qui implique plus que jamais que la psychanalyse puisse rester laïque, c’est-à-dire qu’elle demeure dans l’exigence de tenir sa place de « fille et concurrente de la science » (Lacan).

Armelle Gaydon pour le Bureau d’(a)lpha


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